Il y a des parcours que l’on écrit à l’avance. Et puis il y a ceux que la vie parfois, réécrit en cours de route. Celui d’Audrey Moutongo Black appartient résolument à la seconde catégorie. Mannequin, entrepreneure, femme profondément attachée à ses racines Sawa, elle est devenue Miss Cameroun 2025 dans des circonstances qu’elle n’avait même pas imaginées. Quelques mois plus tard, elle s’apprête à représenter le Cameroun à Miss Universe 2026 à Porto Rico. À l’heure où une nouvelle reine s’apprête à recevoir la couronne nationale, Audrey Moutongo Black revient sur ce parcours singulier et sur ce qu’elle souhaite en laisser.
Avant la couronne, qui est Audrey Moutongo Black ?

Âgée de 30 ans et fille unique à ses deux parents, Audrey
Moutongo Black est avant tout une femme de parcours, de convictions et de projets. Originaire de la région du Littoral et profondément attachée à ses racines, elle a toujours cherché à faire coexister ses différentes aspirations. Son parcours scolaire l’a conduite du Cameroun à la France, puis en Allemagne, avant des études supérieures en management à Paris. En parallèle, la mode et le mannequinat lui ont permis d’évoluer dans différents univers professionnels, notamment au FIMA, au Maroc et au Niger.
En 2022, elle a choisi d’explorer un tout autre domaine avec la création son entreprise « Akwa
Poulet » structure d’élevage et de commercialisation de poulets de chaire dans la ville de Douala. L’aviculture lui aura appris la rigueur, la patience et la valeur du travail quotidien. Ces expériences peuvent sembler éloignées les unes des autres pourtant, elles racontent la même volonté : apprendre, entreprendre et construire son propre chemin.
Pourquoi Miss Cameroun ?

De nature aventureuse, en venant s’inscrire aux régionales pour décrocher son pass pour la compétition nationale, Audrey souhaitait avant tout donner un sens nouveau à la visibilité que la mode lui avait déjà offerte. Elle ne s’est jamais présentée à Miss Cameroun comme à une simple compétition esthétique. Elle souhaitait transformer l’image en véritable moyen d’expression, porter des valeurs et mettre sa visibilité au service de causes qui lui tiennent à cœur notamment le bien-être des femmes et l’entrepreuneriat jeune. La couronne Nationale représentait donc moins un aboutissement qu’une tribune : une possibilité de passer de la représentation par l’image à une représentation porteuse de sens.

Le 12 juillet 2025, vous devenez Première Dauphine.
Quelques mois plus tard, vous êtes appelée à assurer la
fonction de Miss Cameroun 2025. Que s’est-il passé pour vous
entre ces deux moments ?
Le 12 juillet 2025, Audrey était déjà très fière d’être Première Dauphine. Elle n’y voyait pas une défaite, mais la reconnaissance d’un parcours et une responsabilité nouvelle. L’occasion à travers cette distinction et les plateformes de Miss Cameroun de porter plus haut ses combats.
Puis, le 25 février 2026, lorsqu’elle a appris qu’elle était appelée à assurer la fonction de Miss Cameroun 2025, la première émotion a été la surprise. Très vite cependant, elle a laissé place à la conscience du devoir puisqu’en tant que Première dauphine, elle savait qu’elle faisait partie du petit cercle de jeunes dames qui pourraient éventuellement être appelées à assurer la continuité si jamais la Miss ne pouvait plus assumer ses fonctions. Elle n’avait pas imaginé recevoir la couronne de cette manière. Mais une fois qu’elle lui a été confiée, elle tout simplement saisie ses responsabilités et a assuré l’intérim. Elle a donc choisi d’accueillir cette responsabilité avec humilité, lucidité et détermination tout en ayant conscience des nombreux challenges et difficultés liés à la lourdeur de la Couronne.

Avec un mandat particulièrement court, quelle trace souhaitez-vous laisser ?
La nouvelle Miss Cameroun 2025 souhaite que son mandat soit associé à l’utilité plutôt qu’à la durée. Le temps est certes compté, mais il peut être fécond. Elle préfère quelques actions concrètes à une succession de promesses.
L’autonomisation des femmes et des jeunes filles occupe notamment une place importante dans son engagement. À travers son projet « Femmes d’Impact »,
Elle souhaite encourager la formation, l’entrepreneuriat, le leadership et la confiance en soi. Son expérience avec « Akwa Poulet » lui a montré qu’une idée peut devenir une source d’indépendance lorsqu’on accepte de la travailler avec constance. C’est cette culture de l’initiative qu’elle aimerait transmettre.

Vous allez désormais représenter le Cameroun sur la scène de Miss Univers.
Comment abordez-vous cette nouvelle responsabilité ?

Avec beaucoup d’ambition, mais aussi avec une conscience aiguë de ce que représente cette responsabilité. Avant de partir à Porto Rico, Audrey a tenu à aller à la rencontre des autorités traditionnelles de sa région pour leur présenter son écharpe, recueillir leurs bénédictions, leurs conseils et leurs encouragements.
Cette démarche avait pour elle une portée profondément symbolique. Femme Sawa, elle souhaitait rappeler que l’on peut porter les couleurs d’un pays tout entier sans jamais perdre le lien avec la terre qui nous a construits. Ces rencontres avec les autorités traditionnelles d’Akwa et de Bonambela s’inscrivent d’ailleurs dans la continuité du lien qui les unit depuis le début de son parcours. Elle partira donc à Porto Rico comme représentante du Cameroun, mais aussi avec ses racines dans ses bagages.

Au-delà des titres, qu’aimeriez-vous que votre parcours dise de la femme que vous êtes ?

« Qu’il est possible d’être plurielle sans être dispersée ». La mode lui a appris la représentation, l’entrepreneuriat lui a enseigné la responsabilité et la persévérance, tandis que ses racines lui ont donné un ancrage. Toutes ces expériences ont contribué à construire la femme qu’elle est aujourd’hui. Son accession à la couronne lui a aussi rappelé qu’un parcours ne suit pas toujours le scénario que l’on avait imaginé. Elle était Première Dauphine ; quelques mois plus tard, elle devenait Miss Cameroun dans des circonstances inattendues. Audrey a choisi de ne pas subir cet imprévu, mais de le transformer en responsabilité car elle estime que tout cela rend son histoire encore plus intéressante.
À quelques jours de l’élection, que souhaitez-vous transmettre à celle qui vous succédera ?

Audrey lui dirait d’abord : « Ma très chère Miss Cameroun 2026, ne te perds jamais dans la couronne. » car oui , elle t’apportera de la visibilité, des rencontres et des opportunités incroyables , mais elle ne doit jamais te faire oublier la femme que tu étais avant de la porter.
Tu devras travailler, écouter, apprendre et demeurer fidèle à tes convictions. Être respectueuse et demeurer reconnaissante envers Dieu pour cette grâce. Porter fièrement nos régions et nos racines, mais te souvenir aussi qu’une fois la couronne posée sur ta tête tu devras toujours l’utiliser pour le bien autour de toi et au-delà. Et surtout, tu ne devras jamais mesurer ton règne
au nombre de cérémonies auxquelles tu assisteras, mais à ce que tu auras réellement apporté aux autres. La couronne est un privilège. Les actes, eux, en sont la véritable justification. Beaucoup de courage je suis sûre que tu seras exceptionnelle. »
